Les trois mousquetaires - 20

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Sur le haut de l’escalier il trouva Planchet tout effaré.
«Ah! monsieur, s’écria Planchet dès qu’il eut aperçu son maître, en
voilà bien d’une autre, et il me tardait bien que vous rentrassiez.
— Qu’y a-t-il donc? demanda d’Artagnan.
— Oh! je vous le donne en cent, monsieur, je vous le donne en mille de
deviner la visite que j’ai reçue pour vous en votre absence.
— Quand cela?
— Il y a une demi-heure, tandis que vous étiez chez M. de Tréville.
— Et qui donc est venu? Voyons, parle.
— M. de Cavois.
— M. de Cavois?
— En personne.
— Le capitaine des gardes de Son Éminence?
— Lui-même.
— Il venait m’arrêter?
— Je m’en suis douté, monsieur, et cela malgré son air patelin.
— Il avait l’air patelin, dis-tu?
— C’est-à-dire qu’il était tout miel, monsieur.
— Vraiment?
— Il venait, disait-il, de la part de Son Éminence, qui vous voulait
beaucoup de bien, vous prier de le suivre au Palais-Royal.
— Et tu lui as répondu?
— Que la chose était impossible, attendu que vous étiez hors de la
maison, comme il le pouvait voir.
— Alors qu’a-t-il dit?
— Que vous ne manquiez pas de passer chez lui dans la journée; puis il
a ajouté tout bas: «Dis à ton maître que Son Éminence est parfaitement
disposée pour lui, et que sa fortune dépend peut-être de cette
entrevue.»
— Le piège est assez maladroit pour le cardinal, reprit en souriant le
jeune homme.
— Aussi, je l’ai vu, le piège, et j’ai répondu que vous seriez
désespéré à votre retour.
— Où est-il allé? a demandé M. de Cavois. À Troyes en Champagne, ai-je
répondu. Et quand est-il parti?
— Hier soir.»
— Planchet, mon ami, interrompit d’Artagnan, tu es véritablement un
homme précieux.
— Vous comprenez, monsieur, j’ai pensé qu’il serait toujours temps, si
vous désirez voir M. de Cavois, de me démentir en disant que vous
n’étiez point parti; ce serait moi, dans ce cas, qui aurais fait le
mensonge, et comme je ne suis pas gentilhomme, moi, je puis mentir.
— Rassure-toi, Planchet, tu conserveras ta réputation d’homme
véridique: dans un quart d’heure nous partons.
— C’est le conseil que j’allais donner à monsieur; et où allons- nous,
sans être trop curieux?
— Pardieu! du côté opposé à celui vers lequel tu as dit que j’étais
allé. D’ailleurs, n’as-tu pas autant de hâte d’avoir des nouvelles de
Grimaud, de Mousqueton et de Bazin que j’en ai, moi, de savoir ce que
sont devenus Athos, Porthos et Aramis?
— Si fait, monsieur, dit Planchet, et je partirai quand vous voudrez;
l’air de la province vaut mieux pour nous, à ce que je crois, en ce
moment, que l’air de Paris. Ainsi donc…
— Ainsi donc, fais notre paquet, Planchet, et partons; moi, je m’en
vais devant, les mains dans mes poches, pour qu’on ne se doute de rien.
Tu me rejoindras à l’hôtel des Gardes. À propos, Planchet, je crois que
tu as raison à l’endroit de notre hôte, et que c’est décidément une
affreuse canaille.
— Ah! croyez-moi, monsieur, quand je vous dis quelque chose; je suis
physionomiste, moi, allez!»
D’Artagnan descendit le premier, comme la chose avait été convenue;
puis, pour n’avoir rien à se reprocher, il se dirigea une dernière fois
vers la demeure de ses trois amis: on n’avait reçu aucune nouvelle
d’eux, seulement une lettre toute parfumée et d’une écriture élégante
et menue était arrivée pour Aramis. D’Artagnan s’en chargea. Dix
minutes après, Planchet le rejoignait dans les écuries de l’hôtel des
Gardes. D’Artagnan, pour qu’il n’y eût pas de temps perdu, avait déjà
sellé son cheval lui-même.
«C’est bien, dit-il à Planchet, lorsque celui-ci eut joint le
portemanteau à l’équipement; maintenant selle les trois autres, et
partons.
— Croyez-vous que nous irons plus vite avec chacun deux chevaux?
demanda Planchet avec son air narquois.
— Non, monsieur le mauvais plaisant, répondit d’Artagnan, mais avec nos
quatre chevaux nous pourrons ramener nos trois amis, si toutefois nous
les retrouvons vivants.
— Ce qui serait une grande chance, répondit Planchet, mais enfin il ne
faut pas désespérer de la miséricorde de Dieu.
— Amen», dit d’Artagnan en enfourchant son cheval.
Et tous deux sortirent de l’hôtel des Gardes, s’éloignèrent chacun par
un bout de la rue, l’un devant quitter Paris par la barrière de la
Villette et l’autre par la barrière de Montmartre, pour se rejoindre
au-delà de Saint-Denis, manoeuvre stratégique qui, ayant été exécutée
avec une égale ponctualité, fut couronnée des plus heureux résultats.
D’Artagnan et Planchet entrèrent ensemble à Pierrefitte.
Planchet était plus courageux, il faut le dire, le jour que la nuit.
Cependant sa prudence naturelle ne l’abandonnait pas un seul instant;
il n’avait oublié aucun des incidents du premier voyage, et il tenait
pour ennemis tous ceux qu’il rencontrait sur la route. Il en résultait
qu’il avait sans cesse le chapeau à la main, ce qui lui valait de
sévères mercuriales de la part de d’Artagnan, qui craignait que, grâce
à cet excès de politesse, on ne le prît pour le valet d’un homme de
peu.
Cependant, soit qu’effectivement les passants fussent touchés de
l’urbanité de Planchet, soit que cette fois personne ne fût aposté sur
la route du jeune homme, nos deux voyageurs arrivèrent à Chantilly sans
accident aucun et descendirent à l’hôtel du Grand Saint Martin, le même
dans lequel ils s’étaient arrêtés lors de leur premier voyage.
L’hôte, en voyant un jeune homme suivi d’un laquais et de deux chevaux
de main, s’avança respectueusement sur le seuil de la porte. Or, comme
il avait déjà fait onze lieues, d’Artagnan jugea à propos de s’arrêter,
que Porthos fût ou ne fût pas dans l’hôtel. Puis peut-être n’était-il
pas prudent de s’informer du premier coup de ce qu’était devenu le
mousquetaire. Il résulta de ces réflexions que d’Artagnan, sans
demander aucune nouvelle de qui que ce fût, descendit, recommanda les
chevaux à son laquais, entra dans une petite chambre destinée à
recevoir ceux qui désiraient être seuls, et demanda à son hôte une
bouteille de son meilleur vin et un déjeuner aussi bon que possible,
demande qui corrobora encore la bonne opinion que l’aubergiste avait
prise de son voyageur à la première vue.
Aussi d’Artagnan fut-il servi avec une célérité miraculeuse.
Le régiment des gardes se recrutait parmi les premiers gentilshommes du
royaume, et d’Artagnan, suivi d’un laquais et voyageant avec quatre
chevaux magnifiques, ne pouvait, malgré la simplicité de son uniforme,
manquer de faire sensation. L’hôte voulut le servir lui-même; ce que
voyant, d’Artagnan fit apporter deux verres et entama la conversation
suivante:
«Ma foi, mon cher hôte, dit d’Artagnan en remplissant les deux verres,
je vous ai demandé de votre meilleur vin et si vous m’avez trompé, vous
allez être puni par où vous avez péché, attendu que, comme je déteste
boire seul, vous allez boire avec moi. Prenez donc ce verre, et buvons.
À quoi boirons-nous, voyons, pour ne blesser aucune susceptibilité?
Buvons à la prospérité de votre établissement!
— Votre Seigneurie me fait honneur, dit l’hôte, et je la remercie bien
sincèrement de son bon souhait.
— Mais ne vous y trompez pas, dit d’Artagnan, il y a plus d’égoïsme
peut-être que vous ne le pensez dans mon toast: il n’y a que les
établissements qui prospèrent dans lesquels on soit bien reçu; dans les
hôtels qui périclitent, tout va à la débandade, et le voyageur est
victime des embarras de son hôte; or, moi qui voyage beaucoup et
surtout sur cette route, je voudrais voir tous les aubergistes faire
fortune.
— En effet, dit l’hôte, il me semble que ce n’est pas la première fois
que j’ai l’honneur de voir monsieur.
— Bah? je suis passé dix fois peut-être à Chantilly, et sur les dix
fois je me suis arrêté au moins trois ou quatre fois chez vous. Tenez,
j’y étais encore il y a dix ou douze jours à peu près; je faisais la
conduite à des amis, à des mousquetaires, à telle enseigne que l’un
d’eux s’est pris de dispute avec un étranger, un inconnu, un homme qui
lui a cherché je ne sais quelle querelle.
— Ah! oui vraiment! dit l’hôte, et je me le rappelle parfaitement.
N’est-ce pas de M. Porthos que Votre Seigneurie veut me parler?
— C’est justement le nom de mon compagnon de voyage.
«Mon Dieu! mon cher hôte, dites-moi, lui serait-il arrivé malheur?
— Mais Votre Seigneurie a dû remarquer qu’il n’a pas pu continuer sa
route.
— En effet, il nous avait promis de nous rejoindre, et nous ne l’avons
pas revu.
— Il nous a fait l’honneur de rester ici.
— Comment! il vous a fait l’honneur de rester ici?
— Oui, monsieur, dans cet hôtel; nous sommes même bien inquiets.
— Et de quoi?
— De certaines dépenses qu’il a faites.
— Eh bien, mais les dépenses qu’il a faites, il les paiera.
— Ah! monsieur, vous me mettez véritablement du baume dans le sang!
Nous avons fait de fort grandes avances, et ce matin encore le
chirurgien nous déclarait que si M. Porthos ne le payait pas, c’était à
moi qu’il s’en prendrait, attendu que c’était moi qui l’avais envoyé
chercher.
— Mais Porthos est donc blessé?
— Je ne saurais vous le dire, monsieur.
— Comment, vous ne sauriez me le dire? vous devriez cependant être
mieux informé que personne.
— Oui, mais dans notre état nous ne disons pas tout ce que nous savons,
monsieur, surtout quand on nous a prévenus que nos oreilles
répondraient pour notre langue.
— Eh bien, puis-je voir Porthos?
— Certainement, monsieur. Prenez l’escalier, montez au premier et
frappez au n° 1. Seulement, prévenez que c’est vous.
— Comment! que je prévienne que c’est moi?
— Oui, car il pourrait vous arriver malheur.
— Et quel malheur voulez-vous qu’il m’arrive?
— M. Porthos peut vous prendre pour quelqu’un de la maison et, dans un
mouvement de colère, vous passer son épée à travers le corps ou vous
brûler la cervelle.
— Que lui avez-vous donc fait?
— Nous lui avons demandé de l’argent.
— Ah! diable, je comprends cela; c’est une demande que Porthos reçoit
très mal quand il n’est pas en fonds; mais je sais qu’il devait y être.
— C’est ce que nous avions pensé aussi, monsieur; comme la maison est
fort régulière et que nous faisons nos comptes toutes les semaines, au
bout de huit jours nous lui avons présenté notre note; mais il paraît
que nous sommes tombés dans un mauvais moment, car, au premier mot que
nous avons prononcé sur la chose, il nous a envoyés à tous les diables;
il est vrai qu’il avait joué la veille.
— Comment, il avait joué la veille! et avec qui?
— Oh! mon Dieu, qui sait cela? avec un seigneur qui passait et auquel
il avait fait proposer une partie de lansquenet.
— C’est cela, le malheureux aura tout perdu.
— Jusqu’à son cheval, monsieur, car lorsque l’étranger a été pour
partir, nous nous sommes aperçus que son laquais sellait le cheval de
M. Porthos. Alors nous lui en avons fait l’observation, mais il nous a
répondu que nous nous mêlions de ce qui ne nous regardait pas et que ce
cheval était à lui. Nous avons aussitôt fait prévenir M. Porthos de ce
qui se passait, mais il nous à fait dire que nous étions des faquins de
douter de la parole d’un gentilhomme, et que, puisque celui-là avait
dit que le cheval était à lui, il fallait bien que cela fût.
— Je le reconnais bien là, murmura d’Artagnan.
— Alors, continua l’hôte, je lui fis répondre que du moment où nous
paraissions destinés à ne pas nous entendre à l’endroit du paiement,
j’espérais qu’il aurait au moins la bonté d’accorder la faveur de sa
pratique à mon confrère le maître de l’Aigle d’Or; mais M. Porthos me
répondit que mon hôtel étant le meilleur, il désirait y rester.
«Cette réponse était trop flatteuse pour que j’insistasse sur son
départ. Je me bornai donc à le prier de me rendre sa chambre, qui est
la plus belle de l’hôtel, et de se contenter d’un joli petit cabinet au
troisième. Mais à ceci M. Porthos répondit que, comme il attendait d’un
moment à l’autre sa maîtresse, qui était une des plus grandes dames de
la cour, je devais comprendre que la chambre qu’il me faisait l’honneur
d’habiter chez moi était encore bien médiocre pour une pareille
personne.
«Cependant, tout en reconnaissant la vérité de ce qu’il disait, je crus
devoir insister; mais, sans même se donner la peine d’entrer en
discussion avec moi, il prit son pistolet, le mit sur sa table de nuit
et déclara qu’au premier mot qu’on lui dirait d’un déménagement
quelconque à l’extérieur ou à l’intérieur, il brûlerait la cervelle à
celui qui serait assez imprudent pour se mêler d’une chose qui ne
regardait que lui. Aussi, depuis ce temps-là, monsieur, personne
n’entre plus dans sa chambre, si ce n’est son domestique.
— Mousqueton est donc ici?
— Oui, monsieur; cinq jours après son départ, il est revenu de fort
mauvaise humeur de son côté; il paraît que lui aussi a eu du
désagrément dans son voyage. Malheureusement, il est plus ingambe que
son maître, ce qui fait que pour son maître il met tout sens dessus
dessous, attendu que, comme il pense qu’on pourrait lui refuser ce
qu’il demande, il prend tout ce dont il a besoin sans demander.
— Le fait est, répondit d’Artagnan, que j’ai toujours remarqué dans
Mousqueton un dévouement et une intelligence très supérieurs.
— Cela est possible, monsieur; mais supposez qu’il m’arrive seulement
quatre fois par an de me trouver en contact avec une intelligence et un
dévouement semblables, et je suis un homme ruiné.
— Non, car Porthos vous paiera.
— Hum! fit l’hôtelier d’un ton de doute.
— C’est le favori d’une très grande dame qui ne le laissera pas dans
l’embarras pour une misère comme celle qu’il vous doit.
— Si j’ose dire ce que je crois là-dessus…
— Ce que vous croyez?
— Je dirai plus: ce que je sais.
— Ce que vous savez?
— Et même ce dont je suis sûr.
— Et de quoi êtes-vous sûr, voyons?
— Je dirai que je connais cette grande dame.
— Vous?
— Oui, moi.
— Et comment la connaissez-vous?
— Oh! monsieur, si je croyais pouvoir me fier à votre discrétion…
— Parlez, et foi de gentilhomme, vous n’aurez pas à vous repentir de
votre confiance.
— Eh bien, monsieur, vous concevez, l’inquiétude fait faire bien des
choses.
— Qu’avez-vous fait?
— Oh! d’ailleurs, rien qui ne soit dans le droit d’un créancier.
— Enfin?
— M. Porthos nous a remis un billet pour cette duchesse, en nous
recommandant de le jeter à la poste. Son domestique n’était pas encore
arrivé. Comme il ne pouvait pas quitter sa chambre, il fallait bien
qu’il nous chargeât de ses commissions.
— Ensuite?
— Au lieu de mettre la lettre à la poste, ce qui n’est jamais bien sûr,
j’ai profité de l’occasion de l’un de mes garçons qui allait à Paris,
et je lui ai ordonné de la remettre à cette duchesse elle-même. C’était
remplir les intentions de M. Porthos, qui nous avait si fort recommandé
cette lettre, n’est-ce pas?
— À peu près.
— Eh bien, monsieur, savez-vous ce que c’est que cette grande dame?
— Non; j’en ai entendu parler à Porthos, voilà tout.
— Savez-vous ce que c’est que cette prétendue duchesse?
— Je vous le répète, je ne la connais pas.
— C’est une vieille procureuse au Châtelet, monsieur, nommée Mme
Coquenard, laquelle a au moins cinquante ans, et se donne encore des
airs d’être jalouse. Cela me paraissait aussi fort singulier, une
princesse qui demeure rue aux Ours.
— Comment savez-vous cela?
— Parce qu’elle s’est mise dans une grande colère en recevant la
lettre, disant que M. Porthos était un volage, et que c’était encore
pour quelque femme qu’il avait reçu ce coup d’épée.
— Mais il a donc reçu un coup d’épée?
— Ah! mon Dieu! qu’ai-je dit là?
— Vous avez dit que Porthos avait reçu un coup d’épée.
— Oui; mais il m’avait si fort défendu de le dire!
— Pourquoi cela?
— Dame! monsieur, parce qu’il s’était vanté de perforer cet étranger
avec lequel vous l’avez laisse en dispute, et que c’est cet étranger,
au contraire, qui, malgré toutes ses rodomontades, l’a couché sur le
carreau. Or, comme M. Porthos est un homme fort glorieux, excepté
envers la duchesse, qu’il avait cru intéresser en lui faisant le récit
de son aventure, il ne veut avouer à personne que c’est un coup d’épée
qu’il a reçu.
— Ainsi c’est donc un coup d’épée qui le retient dans son lit?
— Et un maître coup d’épée, je vous l’assure. Il faut que votre ami ait
l’âme chevillée dans le corps.
— Vous étiez donc là?
— Monsieur, je les avais suivis par curiosité, de sorte que j’ai vu le
combat sans que les combattants me vissent.
— Et comment cela s’est-il passé?
— Oh! la chose n’a pas été longue, je vous en réponds. Ils se sont mis
en garde; l’étranger a fait une feinte et s’est fendu; tout cela si
rapidement, que lorsque M. Porthos est arrivé à la parade, il avait
déjà trois pouces de fer dans la poitrine. Il est tombé en arrière.
L’étranger lui a mis aussitôt la pointe de son épée à la gorge; et M.
Porthos, se voyant à la merci de son adversaire, s’est avoué vaincu.
Sur quoi, l’étranger lui a demandé son nom et apprenant qu’il
s’appelait M. Porthos, et non M. d’Artagnan, lui a offert son bras, l’a
ramené à l’hôtel, est monté à cheval et a disparu.
— Ainsi c’est à M. d’Artagnan qu’en voulait cet étranger?
— Il paraît que oui.
— Et savez-vous ce qu’il est devenu?
— Non; je ne l’avais jamais vu jusqu’à ce moment et nous ne l’avons pas
revu depuis.
— Très bien; je sais ce que je voulais savoir. Maintenant, vous dites
que la chambre de Porthos est au premier, n° 1?
— Oui, monsieur, la plus belle de l’auberge; une chambre que j’aurais
déjà eu dix fois l’occasion de louer.
— Bah! tranquillisez vous, dit d’Artagnan en riant; Porthos vous paiera
avec l’argent de la duchesse Coquenard.
— Oh! monsieur, procureuse ou duchesse, si elle lâchait les cordons de
sa bourse, ce ne serait rien; mais elle a positivement répondu qu’elle
était lasse des exigences et des infidélités de M. Porthos, et qu’elle
ne lui enverrait pas un denier.
— Et avez-vous rendu cette réponse à votre hôte?
— Nous nous en sommes bien gardés: il aurait vu de quelle manière nous
avions fait la commission.
— Si bien qu’il attend toujours son argent?
— Oh! mon Dieu, oui! Hier encore, il a écrit; mais, cette fois, c’est
son domestique qui a mis la lettre à la poste.
— Et vous dites que la procureuse est vieille et laide.
— Cinquante ans au moins, monsieur, et pas belle du tout, à ce qu’a dit
Pathaud.
— En ce cas, soyez tranquille, elle se laissera attendrir; d’ailleurs
Porthos ne peut pas vous devoir grand-chose.
— Comment, pas grand-chose! Une vingtaine de pistoles déjà, sans
compter le médecin. Oh! il ne se refuse rien, allez! on voit qu’il est
habitué à bien vivre.
— Eh bien, si sa maîtresse l’abandonne, il trouvera des amis, je vous
le certifie. Ainsi, mon cher hôte, n’ayez aucune inquiétude, et
continuez d’avoir pour lui tous les soins qu’exige son état.
— Monsieur m’a promis de ne pas parler de la procureuse et de ne pas
dire un mot de la blessure.
— C’est chose convenue; vous avez ma parole.
— Oh! c’est qu’il me tuerait, voyez-vous!
— N’ayez pas peur; il n’est pas si diable qu’il en a l’air.
En disant ces mots, d’Artagnan monta l’escalier, laissant son hôte un
peu plus rassuré à l’endroit de deux choses auxquelles il paraissait
beaucoup tenir: sa créance et sa vie.
Au haut de l’escalier, sur la porte la plus apparente du corridor était
tracé, à l’encre noire, un n° 1 gigantesque; d’Artagnan frappa un coup,
et, sur l’invitation de passer outre qui lui vint de l’intérieur, il
entra.
Porthos était couché, et faisait une partie de lansquenet avec
Mousqueton, pour s’entretenir la main, tandis qu’une broche chargée de
perdrix tournait devant le feu, et qu’à chaque coin d’une grande
cheminée bouillaient sur deux réchauds deux casseroles, d’où s’exhalait
une double odeur de gibelotte et de matelote qui réjouissait l’odorat.
En outre, le haut d’un secrétaire et le marbre d’une commode étaient
couverts de bouteilles vides.
À la vue de son ami, Porthos jeta un grand cri de joie; et Mousqueton,
se levant respectueusement, lui céda la place et s’en alla donner un
coup d’oeil aux deux casseroles, dont il paraissait avoir l’inspection
particulière.
«Ah! pardieu! c’est vous, dit Porthos à d’Artagnan, soyez le bienvenu,
et excusez-moi si je ne vais pas au-devant de vous. Mais, ajouta-t-il
en regardant d’Artagnan avec une certaine inquiétude, vous savez ce qui
m’est arrivé?
— Non.
— L’hôte ne vous a rien dit?
— J’ai demandé après vous, et je suis monté tout droit.»
— Porthos parut respirer plus librement.
«Et que vous est-il donc arrivé, mon cher Porthos? continua d’Artagnan.
— Il m’est arrivé qu’en me fendant sur mon adversaire, à qui j’avais
déjà allongé trois coups d’épée, et avec lequel je voulais en finir
d’un quatrième, mon pied a porté sur une pierre, et je me suis foulé le
genou.
— Vraiment?
— D’honneur! Heureusement pour le maraud, car je ne l’aurais laissé que
mort sur la place, je vous en réponds.
— Et qu’est-il devenu?
— Oh! je n’en sais rien; il en a eu assez, et il est parti sans
demander son reste; mais vous, mon cher d’Artagnan, que vous est- il
arrivé?
— De sorte, continua d’Artagnan, que cette foulure, mon cher Porthos,
vous retient au lit?
— Ah! mon Dieu, oui, voilà tout; du reste, dans quelques jours je serai
sur pied.
— Pourquoi alors ne vous êtes-vous pas fait transporter à Paris? Vous
devez vous ennuyer cruellement ici.
— C’était mon intention; mais, mon cher ami, il faut que je vous avoue
une chose.
— Laquelle?
— C’est que, comme je m’ennuyais cruellement, ainsi que vous le dites,
et que j’avais dans ma poche les soixante-quinze pistoles que vous
m’aviez distribuées j’ai, pour me distraire, fait monter près de moi un
gentilhomme qui était de passage, et auquel j’ai proposé de faire une
partie de dés. Il a accepté, et, ma foi, mes soixante-quinze pistoles
sont passées de ma poche dans la sienne, sans compter mon cheval, qu’il
a encore emporté par dessus le marché. Mais vous, mon cher d’Artagnan?
— Que voulez-vous, mon cher Porthos, on ne peut pas être privilégié de
toutes façons, dit d’Artagnan; vous savez le proverbe: “Malheureux au
jeu, heureux en amour.” Vous êtes trop heureux en amour pour que le jeu
ne se venge pas; mais que vous importent, à vous, les revers de la
fortune! n’avez-vous pas, heureux coquin que vous êtes, n’avez-vous pas
votre duchesse, qui ne peut manquer de vous venir en aide?
— Eh bien, voyez, mon cher d’Artagnan, comme je joue de guignon,
répondit Porthos de l’air le plus dégagé du monde! je lui ai écrit de
m’envoyer quelque cinquante louis dont j’avais absolument besoin, vu la
position où je me trouvais…
— Eh bien?
— Eh bien, il faut qu’elle soit dans ses terres, car elle ne m’a pas
répondu.
— Vraiment?
— Non. Aussi je lui ai adressé hier une seconde épître plus pressante
encore que la première; mais vous voilà, mon très cher, parlons de
vous. Je commençais, je vous l’avoue, à être dans une certaine
inquiétude sur votre compte.
— Mais votre hôte se conduit bien envers vous, à ce qu’il paraît, mon
cher Porthos, dit d’Artagnan, montrant au malade les casseroles pleines
et les bouteilles vides.
— Couci-couci! répondit Porthos. Il y a déjà trois ou quatre jours que
l’impertinent m’a monté son compte, et que je les ai mis à la porte,
son compte et lui; de sorte que je suis ici comme une façon de
vainqueur, comme une manière de conquérant. Aussi, vous le voyez,
craignant toujours d’être forcé dans la position, je suis armé
jusqu’aux dents.
— Cependant, dit en riant d’Artagnan, il me semble que de temps en
temps vous faites des sorties.»
Et il montrait du doigt les bouteilles et les casseroles.
«Non, pas moi, malheureusement! dit Porthos. Cette misérable foulure me
retient au lit, mais Mousqueton bat la campagne, et il rapporte des
vivres. Mousqueton, mon ami, continua Porthos, vous voyez qu’il nous
arrive du renfort, il nous faudra un supplément de victuailles.
— Mousqueton, dit d’Artagnan, il faudra que vous me rendiez un service.
— Lequel, monsieur?
— C’est de donner votre recette à Planchet; je pourrais me trouver
assiégé à mon tour, et je ne serais pas fâché qu’il me fît jouir des
mêmes avantages dont vous gratifiez votre maître.
— Eh! mon Dieu! monsieur, dit Mousqueton d’un air modeste, rien de plus
facile. Il s’agit d’être adroit, voilà tout. J’ai été élevé à la
campagne, et mon père, dans ses moments perdus, était quelque peu
braconnier.
— Et le reste du temps, que faisait-il?
— Monsieur, il pratiquait une industrie que j’ai toujours trouvée assez
heureuse.
— Laquelle?
— Comme c’était au temps des guerres des catholiques et des huguenots,
et qu’il voyait les catholiques exterminer les huguenots, et les
huguenots exterminer les catholiques, le tout au nom de la religion, il
s’était fait une croyance mixte, ce qui lui permettait d’être tantôt
catholique, tantôt huguenot. Or il se promenait habituellement, son
escopette sur l’épaule, derrière les haies qui bordent les chemins, et
quand il voyait venir un catholique seul, la religion protestante
l’emportait aussitôt dans son esprit. Il abaissait son escopette dans
la direction du voyageur; puis, lorsqu’il était à dix pas de lui, il
entamait un dialogue qui finissait presque toujours par l’abandon que
le voyageur faisait de sa bourse pour sauver sa vie. Il va sans dire
que lorsqu’il voyait venir un huguenot, il se sentait pris d’un zèle
catholique si ardent, qu’il ne comprenait pas comment, un quart d’heure
auparavant, il avait pu avoir des doutes sur la supériorité de notre
sainte religion. Car, moi, monsieur, je suis catholique, mon père,
fidèle à ses principes, ayant fait mon frère aîné huguenot.
— Et comment a fini ce digne homme? demanda d’Artagnan.
— Oh! de la façon la plus malheureuse, monsieur. Un jour, il s’était
trouvé pris dans un chemin creux entre un huguenot et un catholique à
qui il avait déjà eu affaire, et qui le reconnurent tous deux; de sorte
qu’ils se réunirent contre lui et le pendirent à un arbre; puis ils
vinrent se vanter de la belle équipée qu’ils avaient faite dans le
cabaret du premier village, où nous étions à boire, mon frère et moi.
— Et que fîtes-vous? dit d’Artagnan.
— Nous les laissâmes dire, reprit Mousqueton. Puis comme, en sortant de
ce cabaret, ils prenaient chacun une route opposée, mon frère alla
s’embusquer sur le chemin du catholique, et moi sur celui du
protestant. Deux heures après, tout était fini, nous leur avions fait à
chacun son affaire, tout en admirant la prévoyance de notre pauvre père
qui avait pris la précaution de nous élever chacun dans une religion
différente.
— En effet, comme vous le dites, Mousqueton, votre père me paraît avoir
été un gaillard fort intelligent. Et vous dites donc que, dans ses
moments perdus, le brave homme était braconnier?
— Oui, monsieur, et c’est lui qui m’a appris à nouer un collet et à
placer une ligne de fond. Il en résulte que lorsque j’ai vu que notre
gredin d’hôte nous nourrissait d’un tas de grosses viandes bonnes pour
des manants, et qui n’allaient point à deux estomacs aussi débilités
que les nôtres, je me suis remis quelque peu à mon ancien métier. Tout
en me promenant dans le bois de M. le Prince, j’ai tendu des collets
dans les passées; tout en me couchant au bord des pièces d’eau de Son
Altesse, j’ai glissé des lignes dans les étangs. De sorte que
maintenant, grâce à Dieu, nous ne manquons pas, comme monsieur peut
s’en assurer, de perdrix et de lapins, de carpes et d’anguilles, tous
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